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Stratégie··6 min de lecture·Par Yanis B.

Pourquoi Uber Eats et Deliveroo ne suffisent plus en 2026 (et que faire)

Les plateformes de livraison ont atteint leurs limites pour les restaurateurs : commissions qui augmentent, dépendance algorithmique, perte de la relation client. Voici comment reprendre la main.

Uber Eats et Deliveroo ne suffisent plus pour un restaurant

Photo : Joshua Lawrence · Unsplash

Pendant 10 ans, Uber Eats et Deliveroo ont été un cadeau pour les restaurants : audience massive, livraison sans investir, paiement géré. En 2026, le contrat tacite s'effrite. Les restaurants qui ne s'en rendent pas compte verront leur rentabilité fondre dans les 24 prochains mois.

Voici pourquoi, et surtout ce qu'il faut faire maintenant.

Ce qui change en 2026

1. Les commissions ne baissent pas, elles augmentent

Les plateformes affichent toujours "à partir de 15 %", mais le taux réel s'est tassé à 27-35 % du CA brut une fois inclus :

  • Commission marketplace : 12-15 %
  • Frais de livraison plateforme : 14-16 %
  • Commission paiement : 3 %
  • Boosts promotionnels devenus quasi-obligatoires pour rester visible : 4-10 %

En 2018, le taux effectif moyen tournait autour de 22 %. En 2026, il est à 30 %. Et les nouvelles "fonctionnalités payantes" pour rester en première page continuent à monter.

2. La part de marché des restaurants individuels se réduit

Sur Uber Eats et Deliveroo en 2026, les "dark kitchens" (cuisines sans salle, créées spécifiquement pour la livraison) représentent 30-40 % des commandes dans les grandes villes françaises. Ce sont vos concurrents directs, optimisés pour les algorithmes des plateformes, avec des coûts immobiliers nuls et une capacité de production maximale.

Votre restaurant traditionnel, avec son loyer, son service en salle, sa qualité, et ses contraintes de capacité cuisine, est désavantagé structurellement dans cet écosystème.

3. L'algorithme se ferme aux non-payeurs

Sortir en haut des résultats Uber Eats / Deliveroo coûte de plus en plus cher en boosts. Sans dépense publicitaire sur la plateforme, votre visibilité baisse, vos commandes baissent, donc votre note baisse (moins de notes = mauvais score), donc votre visibilité baisse encore. Spirale.

4. La donnée client ne vous appartient toujours pas

C'est le facteur le plus critique long terme. Vous ne recevez ni l'e-mail, ni le téléphone, ni les préférences de vos clients qui passent par les plateformes. Un client qui commande 30 fois chez vous via Uber Eats est, du point de vue de votre base, un total inconnu. Le jour où Uber Eats décide de promouvoir un concurrent ou augmente ses commissions, vous n'avez aucun recours.

5. Les plateformes elles-mêmes vont mal

Uber Eats est en restructuration mondiale (octobre 2025, réduction de 6 000 postes). Deliveroo a quitté plusieurs marchés (Pays-Bas en 2023, Australie en 2024). Just Eat a été racheté/restructuré. Aucune de ces plateformes n'est garantie à 10 ans.

Construire son business sur leur dos, c'est construire sur un sol qui bouge.

Pourquoi quitter les plateformes serait stupide

Avant de proposer "la solution", restons honnêtes : les plateformes restent utiles. Ne tombez pas dans le piège de croire qu'il faut tout couper.

Ce qu'elles font bien :

  • Acquisition de nouveaux clients : leur audience reste massive (8M utilisateurs en France pour Uber Eats)
  • Logistique de livraison : recrutement coursiers, assurance, tracking, vous n'avez pas à le gérer
  • Confiance transactionnelle : un client qui réclame est remboursé sans débat
  • Crédibilité : être présent sur les plateformes rassure les nouveaux clients qui vous découvrent ailleurs

La question n'est pas "Uber Eats ou rien", c'est où placer le curseur.

La stratégie 2026 : un mix maîtrisé

L'approche qui marche pour les restaurants matures en 2026 :

Garder les plateformes pour l'acquisition

  • Maintenez Uber Eats / Deliveroo activés
  • Acceptez les commissions de 30 % sur les nouveaux clients uniquement
  • Considérez cet argent comme un coût d'acquisition (le CPA en restauration est de 25-50 € via pub, vs 8-15 € de commission moyenne sur une commande d'un nouveau client = pas si cher)

Récupérer la rétention sur un canal direct

Voici le pivot stratégique. Pour chaque client qui commande chez vous via Uber Eats, votre objectif est de le basculer vers votre canal direct à la 2ème, 3ème ou 4ème commande.

Mécaniques qui marchent :

  1. Sticker sur l'emballage : "Téléchargez notre app, -10 % sur la prochaine commande directe"
  2. Flyer / set papier sur place si le client passe en salle
  3. Communication active sur votre Google Business Profile, vos réseaux sociaux
  4. Récompense ponctuelle : 5 € offerts à la 1ère commande directe

Coût d'acquisition de cette bascule : 5-10 €. Économie pérenne par client basculé : 300-800 €/an.

Construire un canal direct

Vous avez 3 options :

  • Site web avec module commande (Snapshift, GloriaFood), entrée de gamme
  • App marque blanche, intermédiaire
  • App sur-mesure, pour le volume sérieux

Voir notre analyse du coût et ROI pour choisir.

Construire une vraie relation client

Une fois le client sur votre canal direct, vous pouvez :

  • Lui demander son anniversaire (= récompense automatique l'année suivante)
  • Lui envoyer des notifications personnalisées (1-3/mois maximum, voir notre guide)
  • Le faire monter dans votre programme de fidélité
  • Le faire parrainer

Tout ce qui n'existe pas sur Uber Eats / Deliveroo.

Le scénario chiffré

Reprenons un restaurant à 60 000 €/mois de CA total, dont 18 000 € via plateformes (30 % du CA).

Sans changement (statu quo)

  • Commissions annuelles plateformes : ~65 000 €
  • Évolution probable 24 mois : commissions à 35 % du brut = 75 000 €
  • Aucune base client constituée
  • Vulnérabilité maximale

Avec stratégie hybride

  • Commissions annuelles plateformes (acquisition uniquement) : ~35 000 €
  • Volume direct récupéré : ~10 000 €/mois soit 120 000 €/an
  • Économie commissions : 30 000 €/an
  • Base client constituée : 800-1500 clients identifiés à 12 mois
  • Coût investissement (app sur-mesure 12 k€ amorti sur 3 ans + maintenance) : ~8 000 €/an
  • Gain net annuel : ~22 000 € + actif client de 100-200 k€ de valeur

Les erreurs à éviter

Couper Uber Eats brutalement

Sans canal direct mature, perdre 30 % de votre CA d'un jour à l'autre = casser le business. Transition progressive sur 12-18 mois.

Sous-estimer le travail de bascule

Convaincre un client habitué d'Uber Eats à télécharger votre app prend de l'effort. Il faut du marketing, des incitations, de la persévérance. Comptez 3-6 mois pour voir un vrai impact.

Croire qu'une simple app suffit

Une app sans fidélité, sans notifications, sans CRM, sans qualité = une app qui ne marche pas mieux qu'un site web. Le différenciateur, c'est l'écosystème autour, pas le code.

Attendre

Plus vous attendez, plus les commissions grossissent et plus vos concurrents prennent de l'avance dans la constitution de leurs bases clients propres. C'est un jeu où l'inaction coûte cher.

En résumé

Uber Eats et Deliveroo ne sont pas finis, ils restent utiles pour l'acquisition. Mais en 2026, leur compter dessus pour la rétention est devenu un risque business majeur.

La stratégie qui marche :

  1. Garder les plateformes pour acquérir des nouveaux clients
  2. Basculer ces nouveaux clients sur votre canal direct dès la 2ème-3ème visite
  3. Construire la relation client sur ce canal direct
  4. Mesurer la part qui passe en direct, viser 40-60 % à 18 mois

Pour estimer combien vous coûtent vos commissions et combien vous économiseriez avec un canal direct, utilisez notre calculateur de commissions. Pour discuter de l'application qui rendrait cette stratégie possible, demandez-nous une estimation.

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